Le Mali sous état d’urgence, la France s’engage militairement :

La crise malienne est entrée dans une nouvelle phase, vendredi 11 janvier. Le président français, François Hollande, a indiqué que les forces armées françaises s’étaient engagées dans les combats au Mali, en soutien de l’armée malienne, afin de repousser l’offensive des islamistes, qui avait repris il y a quelques jours. « L’opération durera le temps qu’il faudra », a estimé François Hollande alors que le Mali a été placé par son gouvernement en état d’urgence.

« Les forces françaises ont apporté leur soutien à l’armée malienne pour lutter contre les terroristes ». Le président français, François Hollande, a confirmé, vendredi 11 janvier, la participation française à une offensive armée au Mali, particulièrement dans la zone de Konna et de Sévaré, où les islamistes avaient repris l’offensive ces derniers jours, mettant en déroute l’armée malienne.

Le chef de l’État a donc répondu à l’appel à l’aide, lancé quelques heures plus tôt, par son homologue, Dioncounda Traoré, président malien de transition. « Les terroristes doivent savoir que la France sera toujours là pour les pays qui veulent vivre libres et dans la démocratie », a indiqué François Hollande, ajoutant que l’opération durerait « le temps qu’il faudra ». Le Parlement français sera par ailleurs consulté dès lundi 14 janvier au sujet de cette intervention.

Dans le cadre de l’ONU

Cet engagement fait suite à une brusque accélération de la situation. Depuis le début de la semaine, les islamistes radicaux ont ainsi mené une offensive dans la région de Mopti, jusqu’à chasser l’armée malienne de la petite ville de Konna, jeudi 10 janvier, provoquant, dès le lendemain, une contre-attaque des militaires maliens.

C’est cette contre-attaque que la France a choisi de soutenir, cherchant ainsi à empêcher les islamistes de s’emparer de Sévaré, seul aéroport gros porteur, en dehors de Bamako, encore aux mains du pouvoir malien. Dans une déclaration unanime, le Conseil de sécurité de l’ONU avait demandé jeudi 10 janvier au soir un « déploiement rapide » de la force internationale prévue au Mali mais dont l’intervention devait prendre des mois.

« Contacts avec la Maison Blanche »

Le gouvernement malien a officiellement placé son territoire sous état d’urgence. La décision a été prise lors d’un conseil des ministres extraordinaire compte tenu de la situation actuelle, a affirmé le porte-parole du gouvernement, Manga Dembelé. Par ailleurs, le président malien s’est adressé à la nation vendredi à 20 heures (heure locale) et est attendu, mercredi 16 janvier, à Paris pour rencontrer François Hollande, selon une source diplomatique française. « On nous impose la guerre (…) », a expliqué Dioncounda Traoré, ajoutant : « La situation sur le front est globalement sous contrôle. Courageusement, nos forces armées, les fils de ce pays font face à la situation ».

Parallèlement, le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian s’est entretenu par téléphone vendredi 11 janvier avec le secrétaire américain à la Défense, Leon Panetta. Il devait contacter en fin de journée ses homologues britannique et allemand. Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a également confirmé avoir eu « des contacts avec la Maison Blanche ».

« Nous ferons tout pour sauver les otages »

Dans une conférence de presse, vendredi 11 janvier au soir, Laurent Fabius est par ailleurs resté évasif sur une opération qu’il a jugé « légitime ». « Je ne veux pas donner de détails trop précis sur les combats actuels au nord de Mopti », a-t-il indiqué. Il a confirmé un soutien aérien français aux opérations de l’armée malienne. Il a cependant infirmé la présence de troupes ouest-africaines, notamment sénégalaises et nigérianes, qui avait été évoquée.

Laurent Fabius a conclu en évoquant le sort des otages français dans la région du Sahel. « Les otages sont depuis de longs mois dans une situation périlleuse », a-t-il concédé. « Il faut avoir à l’esprit que nous ferons tout pour sauver les otages. Mais, il faut aussi avoir à l’esprit qui sont ces terroristes », a-t-il conclu.

 

 

Frappes aériennes au centre et sur Gao, le MNLA cherche à reprendre la main :

Les frappes aériennes se poursuivent au centre du Mali, le long de la frrontière avec la Mauritanie notamment contre les troupes d’Al Qaïda au maghreb islamique (Aqmi). Kidal et Gao ont également été bombardées, dimanche 13 janvier, et les islamistes délogés de leurs bases dans cette dernière. A Tombouctou, les islamistes auraient commencé à fuir, selon Sahara Médias. Le MNLA a réagi à l’intervention de la France et de l’armée malienne, se déclarant prêt à s’impliquer dans « la lutte contre le terrorisme ».

L’armée française a poursuivi dimanche ses raids aériens contre les groupes armés islamistes au Mali, après avoir stoppé vendredi leur avance dans le centre du pays, au cours de combats qui ont fait des dizaines de morts, dont un chef islamiste selon une source de sécurité. Dimanche le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a expliqué qu’il y avait « des raids en permanence ». Il y en a en ce moment, il y en a eu cette nuit, il y en aura demain », a-t-il indiqué.

Alors que le président François Hollande estimait la veille que l’intervention française avait permis de porter un « coup d’arrêt » aux islamistes, le ministre de la Défense s’est montré prudent. « Les interventions sont toujours en cours et nous les poursuivrons pour empêcher la progression vers le Sud, ça c’est en partie fait, pas totalement », a-t-il souligné, précisant que l’intervention française permettrait aux forces maliennes de « reprendre leur marche en avant pour l’intégrité » du territoire.

Le MNLA tente de reprendre la main

Une perspective dénoncée par le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA, rébellion touareg malienne), qui a demandé dimanche que les forces de Bamako ne pénètrent pas dans le nord du pays, région pour laquelle elle demande un droit à l’autodétermination. « Le Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA) attire l’attention de la communauté internationale que l’intervention armée étrangère contre les groupes terroristes ne doit pas permettre à l’armée malienne de franchir la ligne de démarcation entre l’Azawad et le Mali avant le règlement politique du conflit qui nous oppose » a expliqué le mouvement rebelle touareg, se déclarant prêt à s’impliquer dans les « opérations de lutte contre le terrorisme » afin de minimiser « les risques des victimes civiles innocentes ».

Le MNLA avait lancé en janvier 2012 une offensive dans le nord du Mali, avant d’en être évincé peu après par les groupes islamistes armés Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) et Ansar Dine (Défenseurs de l’islam).

Des islamistes « mieux entraînés que prévu »

« Les forces militaires françaises au Mali affrontent des groupes islamistes bien équipés, bien armés et bien entraînes, dotés d’un matériel moderne, sophistiqué », a-t-on déclaré dimanche dans l’entourage du président François Hollande.  » A l’origine, on pouvait penser qu’il s’agissait de quelques soudards à bord de Toyota avec quelques armes », selon cette source. « Ils se révèlent en réalité bien équipés, bien armés et bien entraînés », ajoute-t-on de même source, notant que les groupes islamistes ont récupéré en Libye « un matériel moderne sophistiqué, beaucoup plus robuste et efficace que ce qu’on pouvait imaginer ».

« Ce qui nous a beaucoup frappés, c’est la modernité de leur équipement, leur entraînement et leur capacité à s’en servir », affirme cette source. « Ces groupes armés ont montré comment ils pouvaient endommager un hélicoptère et blesser mortellement son pilote », a-t-on souligné.

Avancée vers le Nord

Selon des témoignages sur place, des frappes aériennes ont également touché la ville Gao, où la population était semble-t-i retranchée chez elle. L’une des premières cibles aurait été le consulat d’Algérie et le camp militaire Firhoun serait également touché. Une source sécuritaire régionale a confirmé à l’AFP que « les principales bases » des islamistes, à Gao et dans sa périphérie, ont été « mises hors d’usage » par les raids français. Après ces bombardements, des habitants de Gao ne cachaient pas leur enthousiasme de voir les jihadistes atteints. « Si au moins l’armée malienne pouvait venir rapidement, vraiment, je serai content. Il faut maintenant que l’armée vienne avant que les islamistes ne reviennent ici », a déclaré un jeune étudiant résidant à Gao.

Kidal aurait également été bombardée, selon plusieurs sources. A Tombouctou, dans la zone sous contrôle des islamistes, un professeur de lettres qui a requis l’anonymat a fait état d’un « début de panique » parmi les familles des jihadistes partis combattre à Konna, assurant que « beaucoup essayent de partir dans le désert » et affirmé espérer l’arrivée de soldats français. « Depuis 9, 10 mois, on est dans un régime très totalitaire. On est coupé de tout. Franchement, on n’attend que ça! On ne peut pas imaginer que les forces françaises s’arrêtent aux portes de Konna. C’est l’occasion ou jamais d’en finir avec ces islamistes », a-t-il expliqué, joint par téléphone par l’AFP. Selon Sahara Médias, en fin de journée, dimanche, les islamistes fuyaient également la ville.

Mobilisation de l’Afrique de l’Ouest

A Bamako, les premiers éléments des troupes de la Cédéao, des officiers supérieurs, sont attendus dans la journée de dimanche. « Ils viennent organiser l’arrivée des troupes », à partir de lundi, selon une source au ministère malien de la défense. Ils seront dirigés par un général nigérian, Shehu Abdulkadir, déjà arrivé au Mali selon Lagos, qui fournira « environ 600 hommes ».

Le Niger, le Burkina Faso, le Togo, et le Sénégal ont également annoncé l’envoi chacun « d’un bataillon » (environ 500 hommes) au Mali. Le Bénin a indiqué l’envoi de 300 soldats. Un sommet extraordinaire de l’organisation sous-régionale, d’abord prévu mercredi 16 janvier, devrait se tenir samedi 19 janvier à Abidjan.
Le 13/01/2013.